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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 17:09

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Dans le cadre de Kanpis Kréyol qui se tient tout au long du mois d’octobre, la Bibliothèque Universitaire de Schoelcher invite la population pas seulement estudiantine à participer à ses rencontres diverses. Après Bokantaj le vendredi 12, malgré la pluie, la soirée débat sur le rap s’est bien déroulée. Sur le même balan, mardi soir c’était au cours du An ti kozé autour de la traduction en créole que le public nombreux s’est retrouvé.

 

Sous forme de Café-littéraire consacré à la traduction, Alice Gradel et son équipe a intitulé ce moment Transbòday. Karen Lauréote, doctorante en traductologie menait le débat autour des traducteurs présents : Jean-Pierre Arsaye, Raphaël Confiant, Jude Duranty et Jean-Marc Rosier. Si le premier à fait sa thèse de doctorat sur le sujet, les trois autres viennent de publier en créole.

Raphaël Confiant a traduit l’Etranger de Albert Camus sous le titre Moun andéwò a aux éditions CaraïbEditions ;

Jean-Marc Rosier à lui aussi traduit un ouvrage d’Albert Camus, Caligula qui est devenu en créole Kaligoula. Notons qu’une autre traductrice d’œuvre théâtrale, Térez Léotin n’a pu être parmi les intervenants ce soir là en raison du décès d’un de ses proches.

Jude Duranty a traduit l’ouvrage de Maryse Condé : Hugo le terrible qui est devenu Siklòn Igo.

Les intervenants ont répondu aux questions croisées de Karen Lauréote comme par exemple les raisons de leur choix sur une œuvre de fiction ou de théâtre.

Jude Duranty a montré que son choix était conditionné par son souci de rendre hommage à Maryse Condé dans le cadre de sa mise à l’honneur sur le site de Gens de la Caraïbe. Il a aussi parlé de son étonnement sur la position de l’auteur à propos de la traduction de ses œuvres en créole.

Sur la question, Avez-vous eu la pression pour la traduction d’Albert Camus qui a reçu un prix Nobel. Raphaël Confiant qu’il n’a pas eu outre mesure plus de pression que cela. Techniquement il a connu certaines difficultés à résoudre quant au temps employé par l’auteur. Il a mentionné qu’il avait eu plus de pressions lors de la traduction de Cahier de retour au pays natal d’Aimé Césaire.

Jean-Marc Rosier a souligné ses difficultés pour les noms en latin, mais le traducteur doit faire des choix. C’est ce qu’à rappeler Jean-Pierre Arsaye qui a publié un recueil de nouvelles de Maupassant An dousin kanpay. Son choix, justement portait sur la forme de ces textes qui ne sont pas longues. Chacun a donné ses arguments, mais il apparaît que le choix reste subjectif et les notions de plaisir de traduire, de « défier » la langue pour montrer que la langue créole peut relever ce défi en réalisant cette prouesse. Ce sont là les principales motivations des traducteurs. Jean-Marc Rosier à rappeler que souvent le traducteur est lui aussi auteur.

Chaque intervenant a parlé de ses difficultés, qui de choisir un titre, qui de trouver des mots qui parfois n’existent comme équivalent dans la langue créole. Jean-Pierre Arsaye faisait état par exemple de la couleur rouge avec toutes ses nuances. Il n’était pas toujours facile de les rendre littéralement. Ceci conduit le traducteur à recourir à la paraphrase voir à la création de mots, ou encore à partir à la rencontre de mots d’autres créoles. Ce procédé qualifié de pan créole est utilisé souvent par Raphaël Confiant qui bouture les mots de créole des Antilles voire de l’océan indien.

L’on a parlé de la nécessité de glossaire en fin d’ouvrages et l’ensemble des intervenants l’introduisait en fin d’ouvrage. Jude Duranty a fait remarquer que son ouvrage était totalement en créole puisque les parties techniques grâce à l’outil de Eric Martheli  Non chak mòso an liv  qui lui permit cette approche.

S’il apparaît nécessaire de traduire des ouvrages pour « mettre à l’épreuve la langue et les traducteurs » il est fondamental que le lectorat créole suive. La population étant analphabète en créole, puisque n’ayant pas appris à lire à l’école, il convient à chacun de faire cet effort de s’approprier la langue avec la graphie GEREC-F qui est aujourd’hui la plus usitée dans les publications. En effet, comme le soulignait Raphael Confiant la langue subit une dé créolisation et surtout une dévalorisation. Il a même prit l’image d’un bébé qui serait plusieurs fois abandonné d’abord par les colons qui l’ont créé, puis les noirs, les mulâtres, les indiens et les petits fils d’esclaves.

A une semaine de la Journée Internationale du créole le 28 octobre, il est important de souligner le manque de soutien politique vis-à-vis de la langue. Des exemples durant la soirée ont montré l’implication du peuple catalan vis-à-vis de sa langue. Combien les habitants eux-mêmes s’impliquaient dans la défense de la langue. On ne doit pas singer ni copier-coller ce qui se fait ailleurs. Si chaque martiniquais ne prend pas conscience de la nécessité de « s’occuper » de la langue, le créole risque de disparaître. C’est le même sort qui lui fut réservé à Trinidad, puis à Grenade où l’on ne le parle plus. Disparet pran’y.

Saluons donc cette belle initiative autour du créole par Kanpis Kréyol, cela permet à la langue d’être mieux considérée et surtout d’accéder à sa marche vers la littérarité. Tout comme la dictée créole à Trinité bien renforcée cette année par Ti Lison proposé sur Martinique 1ere avec Karine Gendrey et Marie-José Saint-Louis qui nous familiarise ou nous réconcilie avec l’écriture du créole. Tout cela est encourageant et supporte la langue créole dans sa position dite basse par rapport au français, dans cette situation de diglossie.

Cette soirée sur la traduction nous a montré combien la langue et la culture créole sont importantes car elles procèdent de l’essence même du martiniquais dans son équilibre. Il est temps peut-être de marcher résolument vers l’équilibre et cesser de brété ou de marcher à cloche pied en ignorant le pied créole. Il est peut-être temps d’inviter la langue créole à s’installer dans le fauteuil littéraire et non plus à lui concéder un strapontin ou simplement an vié ti-ban.

 

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commentaires

P
traductionsvp de( j'attend toulours ton coup de telephone cheri )
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