Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 01:58

 

Aux frontières de la soif

 

 

Kettly Mars nous fait voir, voire entrevoir la perle des Antilles, sous une facette singulière, celle de l’embourbement dans l’incapacité des « grands zotobrés qui dirigent la république de Port-au-Prince arrêtent de parler de décentralisation pour la beauté du mot. »

Elle poursuit avec ce curieux personnage qu’est Fito Belmar : un architecte écrivain à succès qui ne sait plus écrire. Il est embourbé, empêtré dans la déchéance d’un camp de bâche de 80 000 âmes qui a poussé à Canaan. Elle fait appel au fameux récit de  la malédiction de Cham. Rappelons que Canaan fut maudit par une faute commise par son père Cham. Il surprend Noé tout nu et en informe ses frères, et Noé va le maudire en le déclarant serviteur de Sem.

Ce camp issu du goudougoudou est il maudit?

Il semble que la vie en tout cas semble maudite car dans les conditions de vie sont infernales et les habitants vont être des loups qui vont se jeter à belles dents sur des proies juvéniles. Ici l’auteur dénonce fortement la prostitution juvénile et cette cupidité des bourgeois sans scrupules qui viennent s’approvisionner et se repaître dans la misère des sans abris. N’est-ce pas là une métaphore du pillage de ce qu’Haïti a de plus précieux, ses enfants ?

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sous couvert d’humanité vont vivre gracieusement sur le dos de la population haïtienne.

Les journalistes étrangers sont des voyeurs qui par reportage interposé s’enrichissent sur la misère du pays. « On vend des enfants à Canaan… le corps des petites filles…. Pour une bouchée de pain. Est-ce qu’on te l’a dit ca ? Tu as bien traversé l’océan pour le voir non ? Ton papier il va faire sensation, n’est-ce-pas ?

Kettly dénonce avec poésie et maestria avec une écriture bien « Marsienne » (pas de la planète mais de l’univers de Kettly Mars) qui consiste à dire parfois crument les choses, parfois de manière allusive en tout cas elle entretient le suspense jusqu’aux frontières de notre soif de connaître la fin.  Elle nous plonge dans cette vie « souterraine » mais bien réelle dans ces multiples camps qui ont poussé comme du djondjon après le séisme et qui sont toujours là aujourd’hui encore.

Fito Belmar, nous résume parfaitement la situation de l’haïtien dans son pays « Bon… on s’habitue. Soit on s’immerge là-dedans pour aider d’une façon ou d’une autre, soit on fait semblant de ne rien voir, par cynisme ou bien parce qu’on est écrasé par l’impuissance….. »  Fito Belmar, le personnage principal de ce roman pourra t’il s’extirper de sa déchéance sexuelle ? Il semble que Tatsumi, une journaliste japonaise qu’elle connaît par le biais du net par son corps gracile, va le bousculer et même lui poser la question qui fâche. Que vas-tu chercher à Canaan ?

Est-ce la vie, la malédiction ou l’inspiration pour son nouveau roman ?

Assurément vous le saurez en lisant « Aux frontières de la soif » où vous serez parfois bousculés en parcourant ce pays extraordinaire qu’est Haïti Toma avec son lot de misère mais aussi de grandeur. A la fin de l’ouvrage, comme toujours vous serez surpris comme dans une nouvelle avec la chute de l’auteur, mais ce pays par ses ressources a-t’il fini de nous surprendre ?

Aux frontières de la soif, ISBN : 978-2-7152-3365-2 Mercure de France

Partager cet article
Repost0

commentaires