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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 05:24

Kettly MarsSAISONS SAUVAGES

Kettly Mars

Kettly Mars nous ramène dans une période sauvage d’Haïti, celle des années soixante sous le règne du terrible docteur président, Papa Doc. Papa Doc applique le remède noiriste à la première république noire qui va faire empirer son mal. (

En inoculant partout les Volontaires de la Sécurité Nationale la terreur va s’installer dans le pays où l’on ne connaît plus la véritable identité des gens. Cette terrible répression va conduire des opposants à la disparition pure et simple dans les bayahondes mais le plus impressionnant à Fort Dimanche, prison d’où l’on n’y revient pas. Daniel Leroy opposant farouche de Duvalier va y entrer pour toujours. Nirvah sa femme, va tout faire pour avoir de ses nouvelles.  Elle va de compromission en trahison suprême pour connaître la vérité sur son mari. Elle fera l’expérience, à ses dépens, de l’opulence, le gout du sang provenant de l’intérieur du Palais National fait d’intrigues, de trahisons de coups pendables de ministre véreux, plein aux as de dollars mais toujours insatiable.

Kettly Mars nous tient en haleine de la première à la 294ème page du roman. Nous sommes poussés page par page pour tenter de connaître la suite d’une histoire où le suspense est garanti au fil des 50 chapitres. Nous découvrons des mulâtres « les vrais mulâtres s’occupent à faire fructifier leur fortune », des macoutes « il y en a de tous les épidermes. Mulâtres, grimaud, griffes, marabouts, noirs, très noirs. Le pouvoir n’a pas de couleur ni de taille ». La présence du vodou jusque dans le Palais National et pas seulement dans le « péyi an déyò ». La trahison « Il n’y a donc aucun espoir, les racines de la dictature s’enfoncent chaque jour plus loin dans la terre d’Haïti » Cette absorption par petite touche, à la petite cuillère, nous fait avaler une histoire parfois au goût amer avec des descentes de police. Toutes ces sensations olfactives sont mêlées de fragrances de bougainvillées, de parfums de mangues ou de goyaves.

 

Nirvah en vraie femme ou pute selon l’angle d’attaque, tente d’assumer comme elle peut sa posture. « Pour faite la pute, il faut être une vraie femme, une vraie chate entre ses jambes et savoir s’en servir. Tout l’argent du monde ne retient pas un homme insatisfait. Macoute ou pas macoute ». Une femme abusée a t’-elle le choix ? Raoul, le Secrétaire d’état semble répondre concluante : « Les femmes sont toutes des salopes… »  Nirvah est-elle une « salope » qui connaît le prix à payer pour sauver sa peau  quand elle connaît quotidiennement la peur. « Maintenant la peur couche dans mon lit, je la baise, lui donne du plaisir, je profite de ses largesses. »

Dans le total dénuement qu’est-ce qu’une belle femme peut mieux faire que jouer de son attirance ?

Voici donc un roman sur la condition de la femme haïtienne sous la dictature. Cette condition a-t-elle changé aujourd’hui dans un pays où la promotion semble passer par le Palais National au gré des envies de la bourgeoise Port-au-Princienne. Avec ce 4ème roman, après L’Heure hybride, Kasalé, et Fado, Kettly Mars nous livre un magnifique roman où comme dans l’Heure hybride l’homme comme la femme, peut basculer sauvagement dans l’horreur sans voir à quel moment et ceci en toutes saisons.

 

Kettly Mars sera en Martinique à la Bibliothèque Schoelcher, au Campus Universitaire pour rencontrer ses lecteurs et les femmes de L’Union des Femmes de Martinique. Elle sera en dédicace mercredi à la librairie Alexandre.

 

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