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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 16:51

SORO

Gary VICTOR

 

 

 

Il y a des dates et des faits qui s’inscrivent de manière indélébile dans l’imaginaire collectif caribéen. Tan Sorin, Cyclone 28 ou plus récemment Hugo en Guadeloupe ; Tan Robè, Cyclone Edith, et plus récemment Dean en Martinique ; après la Bataille de Vertière le 18 novembre 1803 t pour Haïti  marqueurs incontestable dans l’imaginaire, le mardi 12 janvier 2010 est tristement mémorable pour ce pays.

Gary VICTOR a choisi de parler de cet évènement de manière non larmoyante loin d’être ennuyeuse malgré les odeurs pestilentielles de cadavre en décomposition ou l’amoncellement de gravats, avec humour et dérision.

Comme d’habitude il nous plonge dans la réalité haïtienne avec son héros de « Les cloches de la Brésilienne » l’inspecteur Azémar Dieuswalwé (avec ses deux w). Cet inspecteur s’est-il trouvé là il ne devait pas y être  au mauvais moment ?

Il sera dans un motel avec la femme de son supérieur le commissaire Solon, (seul être qui lui a manifesté un intérêt) juste au moment du séisme. Sa vie se trouvera bouleversée. Grand amateur de Soro « cette boisson avait la vertu de purifier le sang, de traiter les mauvaises fièvres et aussi de donner du tonus sexuel » ce qu’il vérifiait à ses dépens. Est-ce le Soro qui va lui faire poser cet acte répréhensible à ses yeux ? Ce Soro est il sain, ne l’a-t-on pas trafiqué ?

Il vivra de terribles migraines qui seront soulagées que par… le Soro. Et puis cette horrible scène qui le poursuivait nuit et jour malgré les trous de mémoire. Il se rappelait « la femme le chevauchait toujours ses seins nus et flasques voltigeaient en rythmes de déhanchements affamés ». Cette scène le plongeait dans le remord, mêlé de culpabilité et de non estime de soi. C’était terrible pour lui qui voulait ne pas être comme tous les autres haïtiens. Il avait son honneur et il devait préserver sa réputation avec ce nom comportant deux doublevés.

Quoiqu’il en soit cette boisson va lui laisser d’énorme trou dans sa mémoire, et pour un inspecteur de la police nationale Haïtienne, cela semble incongru. Pourra-t’il mener à bien sa « mission ». En effet, le commissaire lui confie la douloureuse et terrible mission qui consiste à trouver la personne qui était avec sa femme ce fameux mardi du 12 janvier. Il veut lui loger une balle en pleine tête.  Voila donc l’enquête d’Azémar, trouver un coupable qui est en l’occurrence lui-même.

Comme d’habitude dès la première page, nous serons pris dans le délire de Azémar pour vivre des moments aussi pathétique que douloureux, aussi hilarants qu’extraordinaire digne de ce réalisme merveilleux qu’il sait si bien nous fournir. En 199 pages le lecteur va de suspense en suspense avec des moments fort violents mais enrobé d’humour Gary Victorien. L’auteur qualifie l’ouvrage de Récit mais nous sommes là aussi en plein polar à l’haïtienne avec ces combines politico mafieuses, sa guerre de gang, l’omni présence du vaudou avec la puissance des bòkò, et même la profitasion familiale avec un crime maquillé mis sur le compte du séisme.

 

Ce livre est publié en Haïti grâce à l’appui du journal Le Novelliste, Diri Méga et la Mairie de Port-au-Prince, gageons que les libraires feront la commande de ce magnifique ouvrage sorti en juin 2011. Pour les inconditionnels de cet auteur prolifique et imaginatif c’est un moment littéraire d’évasion et de détente assuré avec ce Soro, que vous pouvez déguster sans modération

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