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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 01:58

 

Aux frontières de la soif

 

 

Kettly Mars nous fait voir, voire entrevoir la perle des Antilles, sous une facette singulière, celle de l’embourbement dans l’incapacité des « grands zotobrés qui dirigent la république de Port-au-Prince arrêtent de parler de décentralisation pour la beauté du mot. »

Elle poursuit avec ce curieux personnage qu’est Fito Belmar : un architecte écrivain à succès qui ne sait plus écrire. Il est embourbé, empêtré dans la déchéance d’un camp de bâche de 80 000 âmes qui a poussé à Canaan. Elle fait appel au fameux récit de  la malédiction de Cham. Rappelons que Canaan fut maudit par une faute commise par son père Cham. Il surprend Noé tout nu et en informe ses frères, et Noé va le maudire en le déclarant serviteur de Sem.

Ce camp issu du goudougoudou est il maudit?

Il semble que la vie en tout cas semble maudite car dans les conditions de vie sont infernales et les habitants vont être des loups qui vont se jeter à belles dents sur des proies juvéniles. Ici l’auteur dénonce fortement la prostitution juvénile et cette cupidité des bourgeois sans scrupules qui viennent s’approvisionner et se repaître dans la misère des sans abris. N’est-ce pas là une métaphore du pillage de ce qu’Haïti a de plus précieux, ses enfants ?

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sous couvert d’humanité vont vivre gracieusement sur le dos de la population haïtienne.

Les journalistes étrangers sont des voyeurs qui par reportage interposé s’enrichissent sur la misère du pays. « On vend des enfants à Canaan… le corps des petites filles…. Pour une bouchée de pain. Est-ce qu’on te l’a dit ca ? Tu as bien traversé l’océan pour le voir non ? Ton papier il va faire sensation, n’est-ce-pas ?

Kettly dénonce avec poésie et maestria avec une écriture bien « Marsienne » (pas de la planète mais de l’univers de Kettly Mars) qui consiste à dire parfois crument les choses, parfois de manière allusive en tout cas elle entretient le suspense jusqu’aux frontières de notre soif de connaître la fin.  Elle nous plonge dans cette vie « souterraine » mais bien réelle dans ces multiples camps qui ont poussé comme du djondjon après le séisme et qui sont toujours là aujourd’hui encore.

Fito Belmar, nous résume parfaitement la situation de l’haïtien dans son pays « Bon… on s’habitue. Soit on s’immerge là-dedans pour aider d’une façon ou d’une autre, soit on fait semblant de ne rien voir, par cynisme ou bien parce qu’on est écrasé par l’impuissance….. »  Fito Belmar, le personnage principal de ce roman pourra t’il s’extirper de sa déchéance sexuelle ? Il semble que Tatsumi, une journaliste japonaise qu’elle connaît par le biais du net par son corps gracile, va le bousculer et même lui poser la question qui fâche. Que vas-tu chercher à Canaan ?

Est-ce la vie, la malédiction ou l’inspiration pour son nouveau roman ?

Assurément vous le saurez en lisant « Aux frontières de la soif » où vous serez parfois bousculés en parcourant ce pays extraordinaire qu’est Haïti Toma avec son lot de misère mais aussi de grandeur. A la fin de l’ouvrage, comme toujours vous serez surpris comme dans une nouvelle avec la chute de l’auteur, mais ce pays par ses ressources a-t’il fini de nous surprendre ?

Aux frontières de la soif, ISBN : 978-2-7152-3365-2 Mercure de France

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 11:19

Siklòn Igo

   

Le 16 septembre 1989, le cyclone Hugo dévaste la Guadeloupe. Deux ans plus tard, « Hugo le terrible » de Maryse Condé fait revivre cette page sombre. Plus de deux décennies après, Jude Duranty en fait une traduction créole.

 

La semaine du créole organisée en Martinique et ailleurs, en est une preuve éloquente : Le créole ne s’envisage plus aujourd’hui comme un patois, ou comme une langue exclusivement parlée et dont la pratique ouverte a été réservée autrefois aux seules « grandes personnes ».

Elle est désormais considérée comme une langue à part entière. La langue hybride a dépassé le  simple stade de l’oralité pour atteindre, ou en tout cas tendre vers ses lettres de noblesse et prendre une place qui lui a tété longtemps inaccessible dans le monde de l’écrit. C’est ce que démontre une fois de plus Jude Duranty, avec la traduction el’ créole de l’ouvrage »Hugo le terrible » de Maryse Condé. Mais pas seulement.  Peut-être aussi l’auteur a-t’il voulu contrarier les convictions de certains qui affirment que le créole ne saurait rivaliser avec la richesse, l’élégance et  la poésie de la langue de Molière, car dépourvu lui-même, de manière intrinsèque, de ces attributs.  

Quoi qu’il en soit, pour celles et ceux qui ont réussi à franchir l’étape de la lecture du créole, la traduction de « Hugo le terrible » ne les décevra pas. Non seulement elle relate les faits avec la même émotion et la même intensité que l’ouvrage originel, mais elle nous précipite dans les méandres de cet environnement bel et bien créolophone de la société guadeloupéenne de l’époque. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si Jude Duranty a choisi ce  livre-là pour cet exercice littéraire non dénué de risques. De plus, même si nul n’appelle de ses vœux le retour d’un tel phénomène naturel, l’hivernage n’ayant pas encore dit son dernier mot, la période est particulièrement bien choisie pour donner une nouvelle vie à l’œuvre de Maryse Condé. Souhaitons donc à « Siklòn Igo », le livre, un long et fructueux voyage.

Barba Orel-Balata

Siklòn Igo, Editions Zaboka, 2012, 136 p. ISBN 978-2-9539571-1-2

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 17:59

Couverture_Duranty_Poullet_MEP-copie-5.jpg

 

DICTIONNAIRE DE RIMES CREOLES

(Hector Poullet Guadeloupe – Jude Duranty Martinique)

 

La journée internationale du créole 2012 sera saluée par le lancement d’un projet commun, un dictionnaire de rimes créoles sur la Martinique et la Guadeloupe, grâce aux Editions Nestor.

Hector Poullet m’a fait part de l’entame de ce travail long qui devra être poursuivi pour intégrer totalement le dictionnaire Créole Français réalisé en compagnie de Ralph Ludwig, Danielle Montbrun, Hector Poullet, Sylvyàn Telchid et le dictionnaire Créole-Français de Raphaël Confiant.

Avec environ 4000 mots en Guadeloupe et 3500 mots en Martinique classés par ordre alphabétique et en rimes, nous avons décidé ensemble de proposer aux lecteurs cette première mouture.

Certains ne vont pas manquer de nous dire que c’est un blaf avec un piment végétarien. Nous sommes conscients de l’apport nécessaire d’autres ingrédients par d’autres intervenants pour son meilleur goût.

D’autres vont sans doute nous reprocher l’aspect incomplet dans cette première mouture sur les deux langues. Nous en sommes conscients et nous allons poursuivre ce travail avec ceux qui le souhaitent pour le compléter. Nous sommes également convaincus que ce premier travail en collaboration requiert d’autres pour l’avancée de nos langues respectives au-delà des différences de graphie.

La Guadeloupe a gardé sa graphie et la Martinique le standard II de la graphie du GEREC-F pour tenter ce projet en commun tout en respectant les différences et les richesses de chacun. La Guadeloupe n’a pas à être « menm bagay » tout comme la Martinique n’a pas à être « menm biten ». Cette tentative, née d’abord de l’amitié entre deux créolophiles qui acceptent et assument leur différence,  est sans doute le premier depuis plus de trente ans.

Nous croyons que le créole gagnerait dans sa coopération avec les autres langues à base lexicale commune : français (Guadeloupe, Martinique, Haïti…) anglaise (Dominique, Sainte-Lucie, Trinidad…)

En attendant un dictionnaire pan créole nous entamons la pose des premiers mots et des premières pierres de la maison de la langue créole qui comportera nous l’espérons plusieurs pièces et étages bien ventilée.

 

Jid

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 20:07

Wi misié MONA

Ja ni 21 nan Mona alé, sé sa Jan-Gi di nou. I kouvè Latrium épi an montray foto.

La ou yé a, fok nou di’w li kanmenm, menmsi an péyi Matinik sé lè ou mò ou ka trapé valè.

Ou té ja di nou fok ou mò pou fimié’w pé lévé, sé jòdi a nou ka wè sa épi plas ek moniman yo ka fè ba’w.

Nou ka wè atjelman, fok nou manjé mango vè a, mé nou pas av si i pa ni klordékòn. Mi bak mi !

Sé atjelman, 21 nan apré ti-bolonm marigo a ka koumansé touché liniversel. Ou té di nou lè’w pati ko’w ké fè an triyang asou Matinik, ou sòti Marigo ou kasé pip ou Fodfrans é yo téré’w Voklen.

Mona ou sé an tanbou, é sé jòdijou nou bizwen fos énerji pozitiv ou pou jénes nou pa ni tet yo ka foukan adan drog.

Mona nou bizwen énerji’w pou nou sa sipòté lavi ka éti ka vini pizanpi red. Adan nou ka espéré bato a rivé pou nou sa manjé.

Sé jòdijou nou ka koumnasé wè fok nou pa krazé brizé nati a. Témoignage ou té ja di nou lè ou té sèvi nou an dènié Blan manjé ou té bizwen an big bann pou alé pòté mizik ou alé pabò Léwop.

Sa ki sav sav, sa ki pa sav pa sav.

Mèsi misié Mona pou nou sa aprann chimen lavi avan nou pran ti-chimen an éti nou tout la ké pasé.

Bel  Bwa brilé, ou pousé Ti-bouchon an lwen Mi Bach épi Doudou Ménar. Ti Milo té di mwen Mi mwen mi wou. Ou té di nou Ma manman m’a di, woulé douvan sé sa nou ka fè épi Tanbou sérié.

Zié nou toujou wouvè, akondi wou menm : vomié ou maché an ranyon pasé ou maché touni. Matinik nou poko toutafetman touni

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 16:26

Nicole CAGE

« D’îles je suis suivi de Où irait mon cri ?

 

Nicole Cage nous propose son cri pour réaffirmer son origine. Beaucoup semblent oublier que celle qui nous livre ce nouveau recueil a déjà été récompensée plusieurs fois à l’extérieur, rappelons qu’elle a reçu en 1996 le  Prix Casa de las Americas, pour le recueil de poèmes-jeunesse Arc en ciel. L'espoir, en 2002 le Prix Oe Neu Mi de poésie, République de Macédoine et en 2006 le Prix Gros Sel (Belgique), pour C'est vole que je vole.

C’est donc une écrivaine et une poétesse d’une valeur sûre mais qui ne semble pas être appréciée à sa juste valeur dans son pays. Son dernier spectacle en mai à l’occasion de la commémoration de la mort de Aimé Césaire n’avait pas déplacé la grande foule malgré la grande qualité de ce moment et des intervenants qui l’entouraient. Visiblement elle n’est pas épargnée par le vieil adage « nul n’est prophète dans son pays » quand on est de surcroît poétesse il semble que cela soit plus lourd à porter.

Cependant, elle affirme contre vents et marées :     

Je suis d’ici, de ce lieu, isidan, Je suis de là, c'est-à-dire de nulle part. Nulle part de sérénité, nulle part de quiétude, pièce d’horizon d’espérance, nulle part de paisible bonheur, à l’ombre du Fromager de la sagesse….

Elle vient de ces îles naturellement tumultueuses

« Je suis d’îles, D’îles volcans, D’îles tempêtes, D’îles séisme, D’îles lilliputiennes, D’iles grandiloquentes. »

Ce qui fait d’elle naturellement d’Eau :

«  Je suis d’eaux, D’eau morte croupissante, Dans la geôle d’une rivière, D’eau vive jaillissante d’une cascade de Terre-mer et de terre de mangrove. »

      Pourtant le peuple semble ignorer et la poétesse nous dit :

« Ce peuple ne sait pas aimer, Comment m’aimerait-il moi, Dont il ignore tout, L’essentiel en un mot ! »

Au-delà de ce cri d’incompréhension, la poétesse adresse son cri par la deuxième partie de son ouvrage sous forme d’interrogation : Où irait mon cri ?

Elle adresse son cri cette fois, à l’Aimé par le truchement d’une belle lettre à Birago Diop puis dans un rap imparfait qui nous avec perfection la détresse devant la perte de son poète phare. La poétesse est « comme un chant qui se meurt, La débâcle d’un cœur, Un pays sous boussole, Perdu sans ta parole ».

Elle nous donne rendez-vous vendredi 22 juin à 19h00 A LIVRE OUVERT à la Bibliothèque municipale de Schoelcher à l’anse madame avec un accompagnement musical. Vous êtes attendu nombreux pour la soutenir car cet ouvrage, parut aux éditions « Le chasseur abstrait » lui revient finalement très cher. C’est une production  à compte d’éditeur et votre présence va certainement l’encourager en tout cas sera un soutien à cette grande discrète (par la force de choses) de la littérature martiniquaise.

 

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 18:29

Nicole CAGE

« D’îles je suis suivi de Où irait mon cri ?

 

Nicole Cage nous propose son cri pour réaffirmer son origine. Beaucoup semblent oublier que celle qui nous livre ce nouveau recueil a déjà été récompensée plusieurs fois à l’extérieur, rappelons qu’elle a reçu en 1996 le  Prix Casa de las Americas, pour le recueil de poèmes-jeunesse Arc en ciel. L'espoir, en 2002 le Prix Oe Neu Mi de poésie, République de Macédoine et en 2006 le Prix Gros Sel (Belgique), pour C'est vole que je vole.

C’est donc une écrivaine et une poétesse d’une valeur sûre mais qui ne semble pas être apprécié dans son pays. Son dernier spectacle en mai à l’occasion de la commémoration de la mort de Aimé Césaire n’avait pas déplacé la grande malgré la grande qualité de ce moment et des intervenants qui l’entouraient. Visiblement elle n’est pas épargnée par le vieil adage « nul n’est prophète dans son pays » quand on est de surcroît poétesse il semble que cela soit plus lourd à porter.

Cependant, elle affirme contre vents et marées :    

Je suis d’ici, de ce lieu, isidan, Je suis de là, c'est-à-dire de nulle part. Nulle part de sérénité, nulle part de quiétude, pièce d’horizon d’espérance, nulle part de paisible bonheur, à l’ombre du Fromager de la sagesse….

Elle vient de ces îles naturellement tumultueuses

« Je suis d’îles, D’îles volcans, D’îles tempêtes, D’îles séisme, D’îles lilliputiennes, D’iles grandiloquentes. »

Ce qui fait d’elle naturellement d’Eau :

«  Je suis d’eaux, D’eau morte croupissante, Dans la geôle d’une rivière, D’eau vive jaillissante d’une cascade de Terre-mer et de terre de mangrove. »

     Pourtant le peuple semble ignorer et la poétesse nous dit :

« Ce peuple ne sait pas aimer, Comment m’aimerait-il moi, Dont il ignore tout, L’essentiel en un mot ! »

Au-delà de ce cri d’incompréhension, la poétesse adresse son cri par la deuxième partie de son ouvrage sous forme d’interrogation : Où irait mon cri ?

Elle adresse son cri cette fois, à l’Aimé par le truchement d’une belle lettre à Birago Diop puis dans un rap imparfait qui nous avec perfection la détresse devant la perte de son poète phare. La poétesse est « comme un chant qui se meurt, La débâcle d’un cœur, Un pays sous boussole, Perdu sans ta parole ».

Elle nous donne rendez-vous vendredi 22 juin à 19h00 A LIVRE OUVERT à la Bibliothèque municipale de Schoelcher à l’anse madame avec un accompagnement musical. Vous êtes attendu nombreux pour la soutenir car cet ouvrage, parut aux éditions « Le chasseur abstrait » lui revient finalement très cher. C’est une auto-production  et votre présence va certainement l’encourager en tout cas sera un soutien à cette grande discrète (par la force de choses) de la littérature martiniquaise.

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 22:23

Zouki: d'ici danse

 

http://www.potomitan.info/duranty/tot_magique.php

Le livre est enfin disponible aux Librairie Alexandre et Antillaise

 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 16:51

SORO

Gary VICTOR

 

 

 

Il y a des dates et des faits qui s’inscrivent de manière indélébile dans l’imaginaire collectif caribéen. Tan Sorin, Cyclone 28 ou plus récemment Hugo en Guadeloupe ; Tan Robè, Cyclone Edith, et plus récemment Dean en Martinique ; après la Bataille de Vertière le 18 novembre 1803 t pour Haïti  marqueurs incontestable dans l’imaginaire, le mardi 12 janvier 2010 est tristement mémorable pour ce pays.

Gary VICTOR a choisi de parler de cet évènement de manière non larmoyante loin d’être ennuyeuse malgré les odeurs pestilentielles de cadavre en décomposition ou l’amoncellement de gravats, avec humour et dérision.

Comme d’habitude il nous plonge dans la réalité haïtienne avec son héros de « Les cloches de la Brésilienne » l’inspecteur Azémar Dieuswalwé (avec ses deux w). Cet inspecteur s’est-il trouvé là il ne devait pas y être  au mauvais moment ?

Il sera dans un motel avec la femme de son supérieur le commissaire Solon, (seul être qui lui a manifesté un intérêt) juste au moment du séisme. Sa vie se trouvera bouleversée. Grand amateur de Soro « cette boisson avait la vertu de purifier le sang, de traiter les mauvaises fièvres et aussi de donner du tonus sexuel » ce qu’il vérifiait à ses dépens. Est-ce le Soro qui va lui faire poser cet acte répréhensible à ses yeux ? Ce Soro est il sain, ne l’a-t-on pas trafiqué ?

Il vivra de terribles migraines qui seront soulagées que par… le Soro. Et puis cette horrible scène qui le poursuivait nuit et jour malgré les trous de mémoire. Il se rappelait « la femme le chevauchait toujours ses seins nus et flasques voltigeaient en rythmes de déhanchements affamés ». Cette scène le plongeait dans le remord, mêlé de culpabilité et de non estime de soi. C’était terrible pour lui qui voulait ne pas être comme tous les autres haïtiens. Il avait son honneur et il devait préserver sa réputation avec ce nom comportant deux doublevés.

Quoiqu’il en soit cette boisson va lui laisser d’énorme trou dans sa mémoire, et pour un inspecteur de la police nationale Haïtienne, cela semble incongru. Pourra-t’il mener à bien sa « mission ». En effet, le commissaire lui confie la douloureuse et terrible mission qui consiste à trouver la personne qui était avec sa femme ce fameux mardi du 12 janvier. Il veut lui loger une balle en pleine tête.  Voila donc l’enquête d’Azémar, trouver un coupable qui est en l’occurrence lui-même.

Comme d’habitude dès la première page, nous serons pris dans le délire de Azémar pour vivre des moments aussi pathétique que douloureux, aussi hilarants qu’extraordinaire digne de ce réalisme merveilleux qu’il sait si bien nous fournir. En 199 pages le lecteur va de suspense en suspense avec des moments fort violents mais enrobé d’humour Gary Victorien. L’auteur qualifie l’ouvrage de Récit mais nous sommes là aussi en plein polar à l’haïtienne avec ces combines politico mafieuses, sa guerre de gang, l’omni présence du vaudou avec la puissance des bòkò, et même la profitasion familiale avec un crime maquillé mis sur le compte du séisme.

 

Ce livre est publié en Haïti grâce à l’appui du journal Le Novelliste, Diri Méga et la Mairie de Port-au-Prince, gageons que les libraires feront la commande de ce magnifique ouvrage sorti en juin 2011. Pour les inconditionnels de cet auteur prolifique et imaginatif c’est un moment littéraire d’évasion et de détente assuré avec ce Soro, que vous pouvez déguster sans modération

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 13:24

Le papillon et la lumière

Patrick Chamoiseau

Editions Philippe Rey

 

 

 

 

La parole créole dit : « Ti létensel ka fè gro difé » Patrick Chamoiseau dans son nouvel ouvrage nous offre « un petit livre » illustré de papillons en noir et blanc et grossit de grandes pages philosophico poétiques. C’est par un dialogue entre deux papillons nocturnes qu’il nous fait pérégriner sur une centaine de pages.

 

 Un jeune papillon dans toute la fougue de sa jeunesse pressent qu’il ne faut pas faire comme les autres et se ruer vers la lumière. L’auteur nous dit que « l’éternité est effrayante quand on est jeune, alors il (le jeune papillon) se retrouve à dériver là où les choses vont vite ». p.16

Comme on voudrait que nombreux parmi notre jeunesse garde leur fougue et leur énergie à trouver la bonne lumière leur permettant un plein épanouissement en développant leur pays. On voit aujourd’hui de nombreux jeunes papillons brûler leurs ailes aux lampadaires de produits de consommation tintant de tout leur clinquant. On voit même des papillons plus « mûrs » céder à la tentation d’ « acheter à Noël, payer à Pâque ». Beaucoup de papillons au risque de passer pour des ringards quand ils conservent certaines valeurs et ne sont pas  encore prêt à tout abandonner pour le tout modernisme. C’est bien le cas de ce jeune papillon.

Il s’est mainte fois élancé vers la lumière des lampadaires mais au dernier moment il bifurque. Les autres le mettent à la fête mais ils se retrouvent les ailes abîmées.

 

Un vieux papillon mélancolique

            La jeunesse est souvent persuadée que les plus âgés, lé vié goril, ne connaissent rien, le proverbe dit d’ailleurs : «  si jeunesse savait et si vieillesse pouvait ». Cependant dans cette jeunesse beaucoup ont envie de connaître et se rapproche des aînés. C’est le cas de notre jeune papillon qui se rapproche d’un vieux papillon appelé vénérable qui malgré son âge, a gardé toute la beauté de ces ailes.

 

Lorsqu’il délaisse ses comparses de son âge pour se poser auprès d’un papillon mélancolique, loin de toute agitation. Commence alors un dialogue autour d’une série de questionnement permanent jusqu’à la fin de l’ouvrage.

N’est-ce pas l’appel à une continuité selon le dicton créole « gran kouté piti, piti kouté gran » qui appelle à l’inter génération. Lorsque l’on sait que toute la génération  BUMIDOM manque au pays, comment peut se faire alors la transmission dans de bonnes conditions ?

-         Peut-on rencontrer quelqu’un sans le chercher ?

-         Sommes nous en état de transmettre à ceux qui ne veulent pas, et qui connaissent déjà?

-         Attendre quelque chose, n’est-ce pas fermer la porte à tout ce que l’on attend, à tous les possibles ?

 

Les réponses du vieux papillon, appelé vénérable, vont donner des énoncés énigmatiques mais d’une lumineuse lucidité. « J’ai entendu que rien n’est jamais parfait, que vivre n’est jamais une plénitude ! Que l’insatisfaction sera toujours là ! Que c’est elle qui fait le moteur de la vie ! Qu’elle est indépassable ! »

-         Ce que vous venez d’énoncer n’est-ce pas la vérité ?

-         Non juste une trace. Une fortune pour traverser l’abîme.*

 

A la fin du livre le vénérable demande à l’admirable papillon.

      -    Dis moi ce que tu sais mon fi.. ?

Et l’admirable papillon de répondre :

-         Je sais seulement que je suis vivant et que ce n’est pas que le début d’un début.

 

 

Le lecteur est donc invité à se plonger dans cet admirable conte philosophique entre celui qui veut savoir et celui sait qu’il ne sait rien. Les doutes du vénérable vont assurément le déboussoler par certains cotés mais vont l’enrichir assurément sur tous les possibles de l’univers.

 

La parole créole dit aussi : « sa ou pa sav gran pasé’w ». Verrons-nous la lumière dans notre Martinique qui en a tellement besoin en ces temps d’obscurité et de vèglaj par les nombreuses lumières de bètafé qui semblent finalement n’éclairer que pour leur âme. La plus juste des lumières n’est elle pas celle qui est en soi ?

 

Le papillon et la lumière, Patrick Chamoiseau

ISBN : 978-2-84876-196-1

 

 

 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 12:22

001

Des blessures au pardon

Claire Pascalin

 

Dans un récit léger malgré les douleurs de l’enfance, Irène, cette petite fille en véritable chrysalide va vivre les pires moments de son cocon familial.

Le lecteur dès les premières lignes pressent un happy end. En cela le titre « Des blessures au pardon » semble desservir l’auteur en ce qui concerne l’entretien du suspense. Nous ne pouvons qu’à notre tour « pardonner »  cette « erreur de jeunesse éditoriale d’autant que l’on apprend à la fin de l’ouvrage qu’il a été publié en auto-édition. Quand on sait l’aventure d’un livre jusque sur les rayons d’un libraire on ne peut qu’encourager de tel récit. Celui-ci a pour effet de nous faire relativiser, lorsque nous vivons des petits moments de blues. Tout semble catastrophique autour de nous. Ce récit a l’avantage d’éclairer notre vie par une autre vision, une autre expérience qui va finalement enrichir la notre toute dorée et pleines de rêves à coté d’autres vies comme celle d’Irène.

D’un point de vue sociologique est abordée l’éducation en Martinique des filles bien différentes de celle des garçons un peu plus permissive. Mais n’est-ce pas la raison d’une « maturité plus précoce » chez nos filles ?

Selon l’adage « tout ce qui ne tue pas fortifie », le lecteur assiste à la métamorphose du beau papillon que devient Irène. Elle prend son envol et surtout sait apprécier ce nouvel état de liberté pour lequel elle se battra de toutes ses forces pour la conserver.

Merci à Claire Pascalin pour ce beau récit qui bien que réveillant des blessures enfouies dans notre enfance, nous révèle aussi des petits bobos cicatrisés où paradoxalement nous en sommes fier pas forcément à exhiber mais à posséder. Ils ont participé à notre construction voire à nous révéler à l’écriture. Qu’il me soit permis de citer un de mes personnages qui disait :   padon pa ka djéri bos, mé palé ka djéri bles ».

Par ce récit exutoire, Claire Pascalin nous permet nous aussi de revivre nos blessures de l’enfance pas pour nous en apitoyer mais bien pour les relativiser voire pour en faire un sujet d’humour. Ce sont ces blessures qui nous ont façonné, tout est aujourd’hui de savoir, quand nous sommes parents à notre tour, qu’est-ce que nous en faisons ?

Si vous n’avez pas encore lu l’ouvrage de Claire Pascalin, paru depuis janvier 2011, empressez vous de l’acquérir. Surtout n’hésitez pas à l’encourager sur son facebook intitulé CP livre.

Charité bien ordonné commence par soi, je l’ai déjà mis entre les mains de ma fille en attendant que les garçons en face de même. C’est un livre grand public il s’adresse aussi bien à des jeunes lecteurs qu’à des adultes.

Pour terminer, une petite note d’humour comme à de nombreux détour du récit, n’est-ce pas au CP que l’on nous apprend les fondamentaux : lire, écrire, calculer ?

Si vous n’écrivez pas encore, certainement vous lirez avec beaucoup d’intérêt (sans trop de calcul) ce beau texte en prose judicieusement parsemé de poésie, et comme l’auteur vous suivrez l’invitation :

« Sur les murs de nos souffrances

Toi et Moi, ensemble si tu le veux

Nous effacerons les ignobles blessures »

 

Jid

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