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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 10:08
Gros-Biz le malfini

 

Depuis des lustres, les oiseaux de Martinique se rassemblent sur un gros arbre censé les protéger d’éventuels prédateurs nocturnes. Comme une mère poule rassemble ses poussins, des centaines d’oiseaux se blottissent l’un contre l’autre, pour se réchauffer mutuellement et mieux supporter l’abaissement de la température nocturne. Ce rassemblement sur l’énorme zamana, avant la prière du soir, était l’occasion pour raconter leurs journées respectives.

 

Le merle, issu de la race des plus « en affaire », s’empressa de débuter la conversation en rapportant des milans et commérages glanés ça et là. C’est ce soir là, qu’il commença à parler puis à conter l’histoire de Malfini.

 

Il décrit l’oiseau comme étant une variété de buse des plus élégants dans sa robe, un peu « prélè » sur les bords. La buse que les oiseaux d’ici, aimant la pratique du surnom, baptisèrent Gro-Biz. Quant il déployait ses immenses ailes, il pouvait atteindre facilement, sans exagérer, un mètre cinquante d’envergure. Hormis son aspect impressionnant, le plus extraordinaire restait son regard. Ce regard perçant muni de larges orbites vous fouillait et  vous clouait sur place d’une peur terrible. Certains oiseaux, attrapaient la cacarelle, à la vue des énormes yeux. C’est précisément à cause de ce regard qu’il connaîtra un énorme désagrément.

 

 

Monsieur Sinobol était connu pour sa grande connaissance des plantes mais aussi pour sa redoutable méchanceté à l’égard de ceux qu’il estimait lui manquer de respect. Tout le monde lui faisait la courbette, non pas parce qu’il l’appréciait, mais parce qu’il s’en méfiait, en lui disant : Bonjou misié Sinobol !

 

 Alors qu’il était dans les bois pour cueillir et s’approvisionner en plantes diverses il tomba nez à nez avec Gros-Biz qui depuis un moment l’observait. Gro-Biz dévisagea Sinobol qui attendait son bonjour.  A son tour il interpella Gro-Biz :

  • Comment tu ne sais pas dire bonjour à Sinobol ?
  • Toimême, as-tu déjà ouvert ce qui ressemble à un bec pour saluer Gro-Biz ?

 

Sinobol, devant autan d’effronterie, entra dans une colère sans pareil. Ah bon, c’est comme cela que tu le prends ! Tu ne sais pas à qui tu t’adresses ?

Gro-Biz répondit sur le même ton, je vois que toi-même tu ne sais pas à qui tu t’adresse car tu aurais déjà baissé le ton de ta vieille voix qui empeste le tafia.  Sinobol fit une passe et lui jeta un sort en disant :

- Asiré ou ké mal fini ! 

Il venait de lui prédire une fin atroce. L’oiseau était censé aller vers le soleil qui lui brûlerait ses énormes ailes et  lui ferait choir lourdement en se fracassant les os.

 

Gros-Biz dans sa malédiction, par les jours de déprime s’en prenait aux poussins voire au bébé gambadant tout seul dans la savane. Il voulait à tout prix leur parler, drapé dans leur innocence, ils comprendraient sa grande souffrance. N’étant pas encore corrompu par la méchanceté ils pourraient entendre sa condition.

Mais les poules mirent en garde leurs poussins. Les parents prièrent leurs enfants de se méfier de cet oiseau maléfique qu’ils surnommèrent le « manger poulet ». Le malfini devenait donc un rapace cannibale dans les volières et les basse-cours. La rumeur se répandit dans tout le pays. Son vol lent et lourd le condamnait à planer au dessus de cette rumeur pour tenter d’oublier. Gros-Biz dans sa folie voulu même voler jusqu’au soleil pour en finir, mais en empruntant le courant ascensionnel. Il s’évanouit à une haute altitude  et ses longues ailes lui permirent de planer pendant deux jours.

 

Aujourd’hui encore, tous les oiseaux s’enfuient, au sifflement strident du malfini pour se mettre à l’abri, sauf le colibri et le pipiri dont il a une peur panique. Comme dit le proverbe « Tout majò ka jwenn anlot pou siyé kòn-li » On trouve toujours quelqu’un aussi fort que soi.

 J’ai entendu son cri strident et je vous jure, moi qui n’ai jamais menti parce Man Sonj est ma tante, j’ai donc décidé de vous rapporter une fois même l’interprétation de ce cri énigmatique pour les oiseaux, mais pas pour le conteur.

 

Jid

 

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